Nous et les Autres : des musiques pour se découvrir

Retrouvez ici tous les textes de l’exposition sonore « Nous et les Autres : des musiques pour se découvrir »

Duke Ellington

Edward Kennedy Ellington doit son surnom – Le « Duke » – à ses camarades de classe en raison de ses bonnes manières et de sa prestance. Malgré deux parents pianistes, son premier amour est pour le baseball. Un accident l’en éloigne et il se consacre alors au piano

C’est en 1917 que Duke lance sa carrière. Dans une Amérique où règne la ségrégation, la musique afro-américaine n’est pas toujours bien vue. Cependant, l’amour que Duke porte à la musique, la qualité de son orchestre et le désir de repousser les barrières raciales lui permettent de jouer pour la haute société et les jeunes bourgeois, pour un public autant noir que blanc.

Les dix dernières années de sa vie sont marquées par de nombreux voyages. Son aptitude exceptionnelle à saisir le caractère d’une nation, l’atmosphère d’une ville,  les particularités d’un peuple et les tempos de sa vie sont transcrites dans sa musique. Son but n’est pas la reproduction à l’identique de la musique qu’il a pu entendre au cours de ses pérégrinations. A son retour d’Inde il déclare : “Je ne veux pas copier ce rythme ou cette gamme. Cela a une plus grande valeur de l’avoir assimilé sur place. On la laisse tourner en boucle, subir un changement chimique, et ensuite se répandre sur le papier dans une forme qui convient aux musiciens qui vont la jouer. »

Duke Ellington est marqué par la pensée de  Marshall McLuhan,  père de la notion de « village planétaire » . Cet appel  vers l’universel, ainsi que les nombreux voyages de Duke Elington, donnent lieu à  l’album The Afro-Eurasian Eclipse (1971).

Le premier morceau, « Chinoiserie » débute par un discours mettant justement en avant l’influence de la pensée de McLuhan. D’un point de vue rythmique, il évoque les danses tribales et exotiques, les claquettes…  le disque se déroule ainsi, voyageant d’afrique en Asie, en passant par l’ Océanie

L’album The Afro-Eurasian Eclipse est ainsi la preuve que la musique, comme les communautés sont mouvantes et les influences réciproques. Des musiques du monde à la musique du monde, il n’y a qu’un pas. Telle est, en tout cas, la vision du monde moderne et altruiste de Duke Elligton.

 

Nina Simone

Eunice Waymon, petite fille noire née en 1933, 6eme enfant d’une famille pauvre de Caroline du Nord va devenir une star internationale, parcourir le monde et développer un style unique sous le nom de Nina Simone. Belle histoire. Sauf que ce n’est pas l’histoire dont elle avait rêvé, pas la carrière qu’elle aurait voulu faire. Non, Eunice aurait voulu jouer de la musique classique. Eunice aurait voulu devenir la première concertiste classique noire américaine dans un pays pratiquant ouvertement la ségrégation.

A seulement 2ans et demi, elle jouait d’oreille des cantiques sur l’harmonium familial.
A 4 ans elle accompagnait sa mère, révérende de sa paroisse, à l’orgue de l’Église.  Et c’est à 6 ans qu’elle prend ses premiers cours de piano.

La jeune pianiste est très vite remarquée par Mrs. Miller, la patronne de sa mère, qui payera dès lors pour sa formation musicale. C’est aussi elle qui la présente à Muriel Massinovitch, « Miss Mazzy ». Pendant 6 ans, chaque samedi matin,  la petite Eunice se perfectionne auprès de sa « maman blanche », comme elle l’appelait, et raconte avoir « faillit s’évanouir tellement c’était beau » lorsqu’elle  découvre avec elle Jean Sebastien Bach .

A l’age de 12 ans, c’est décidé, elle sera la première concertiste classique noire en Amérique .
Elle rentre alors au lycée Allen, un pensionnat pour enfants noirs surdoués, et en sort major de sa promotion en juin 1950
Sur les conseils de Miss Mazzy elle se décide à intégrer l’Institut Curtis, un prestigieux institut de musique de Philadelphie. Pour cela il faut effectuer une préparation à la Juilliard School of Music de New York.

Elle n’est pas reçue, sa déception est d’autant plus grande qu’elle est persuadée que ce refus est directement lié à sa couleur de peau.
De petits boulots en petits boulots, elle fini par travailler comme pianiste-accompagnatrice chez un professeur de chant. Le soir, pour arrondir les fins de mois difficiles,  elle effectue des représentations au Midtown Bar & Grill à Atlantic City, jouant uniquement du piano ; mais le propriétaire l’oblige à chanter également, menaçant de la renvoyer si elle refuse.

Elle fini par s’y résoudre  mais en employant un pseudonyme :« Nina Simone » Le succès est au rendez vous, et c’est une nouvelle histoire qui commence pour elle…

 

 

Joséphine Baker

« Puisque je personnifie la sauvage sur scène, j’essaie d’être civilisée dans la vie. » Joséphine Baker, icône réputée en tant qu’artiste de music-hall, importa le charleston en Europe et endiabla les scènes du monde entier.

Ses danses effrénées, ses mimiques mordantes et son assurance provocante en firent une égérie et la muse des artistes et intellectuels de l’époque. La Vénus d’ébène tourna les stéréotypes à son avantage. Trop blanche pour les noirs et trop noire pour les blancs, elle ne correspondrait qu’à elle-même. Elle visait un seul objectif : briller sur scène. « Au music-hall, sur scène, dans une ligne de girls, je fais tache blanche. »

Dès le début de la seconde guerre mondiale, sa notoriété l’amena à chanter sur le front avec Maurice Chevalier pour encourager les troupes. Rapidement, un certain « Mr. Fox », qui n’etait autre que Jacques Abtey, officier du service de renseignement et du contre-espionnage français, l’approcha pour transformer son soutien à la France Libre en un engagement total :

« Les parisiens m’ont tout donné, en particulier leur cœur. Je leur ai donné le mien et suis prête à leur offrir aujourd’hui ma vie. » fut sa réponse et elle servit d’« honorable correspondante », comme elle aimait s’appeler.

Elle devint passeuse d’informations, notamment par le biais de partitions annotées à l’encre sympathique. Elle opéra sa carrière d’espionne principalement dans le bassin méditerranéen et au Portugal.

L’une de ses plus grandes joies scéniques fut la présence du général de Gaulle, lors du gala du comité de Libération pour la France Libre,  qui la décora alors de la croix de Lorraine. Son combat pour la France Libre n’est pas le seul. Première « star » noire, elle combattit la ségrégation raciale, dont elle fut témoin et victime, notamment en intervenant auprès de Martin Luther King lors de la marche de Washington du 28 aout 1963. Son combat pour l’égalité se concrétisa également dans sa vie privée. Elle adopta avec son mari Jo Bouillon 12 enfants de nationalités différentes et issus des cinq continents. La « tribu arc-en-ciel » matérialise le rêve de fraternité universelle de cette fervente humaniste.

 

Exotica

Les américains ont approché les îles du sud du Pacifique par les récits des voyages de James Cook, la littérature d’Herman Melville ou de Robert-Louis Stevenson. Puis grâce à la peinture de Gauguin. Leur attirance s’est popularisée au retour de guerre des soldats en 1945, nostalgiques de leur douceur de vivre. Et bien sûr grâce au cinéma hollywoodien.
Et puis Hawaï devient le 50ème état fédéré en 1959. Entre temps, ils ont tirés de ces îles paradisiaques un imaginaire et une culture, qu’ils dissolvent dans ces années 1950 consuméristes et avides de distractions. Il s’agit du phénomène Tiki.

A l’origine, les statuettes tikis sont des idoles polynésiennes. Leurs formes et celles des cultures d’Océanie, sont déclinées aux États-Unis dans l’architecture, le design, la décoration de chaînes de bars, de motels et de restaurants. Les bermudas et chemises à fleurs deviennent le dress-code incontournable des cocktails-party du week-end. Le style Tiki envahit la vie quotidienne et insuffle une sorte d’art de vivre, reposant sur les archétypes du beachcomber (le vagabond des plages) et de la vahiné sexy.
Car si l’Américain des classes moyennes ne manque de rien, il est stressé. La morale rigoureuse et les lois envahissantes du monde du travail créent le besoin de se détendre et de rêver d’un ailleurs. Cette antithèse de l’Amérique moderne se trouve là, dans les mers du Sud, dans le fantasme de la vie insouciante des îles du Pacifique. Comme un retour au paradis. Le Tiki devient l’incarnation des désirs secrets de l’homme, du retour à la vie primitive où tout est simple, joyeux, et où l’amour et la sexualité se vivent sans contraintes.

L’exotica, est la bande originale de cet univers régressif fantasmé. C’est une musique faite de métissages. Le jazz et le blues se colorent aux rythmes de l’Afrique et de Cuba, aux mélodies et instruments traditionnels de l’Océanie et de la Polynésie. Ce tourisme sonore bientôt mondial, vous transporte d’une plage déserte à un temple japonais, du Taj Mahal à un bazar du Moyen Orient. Avec pour seuls bagages quelques clichés et stéréotypes. C’est l’album Exotica de Martin Denny paru en 1957 qui laissera son nom à ce genre musical.  C’est pourtant Les Baxter avec Ritual of the Savage en 1951, qui pose les jalons du genre. La diva Yma Sumac en sera la reine incontestée, elle qui prétend être une descendante directe du dernier empereur inca.

 

Debussy et le gamelan javanais

« Dites, avez-vous vu les petites javanaises ? » Pendant l’Exposition universelle de 1889, celle à qui Paris doit la Tour Eiffel, un spectacle est particulièrement couru par les intellectuels et la bonne société parisienne : dans le village javanais reconstitué sur l’Esplanade des Invalides, quatre jeunes danseuses se produisent plusieurs fois par jour, accompagnées par un groupe d’instruments aussi inouïs que spectaculaires, le gamelan.

Pour une élite artistique largement acquise au symbolisme, volontiers fascinée par l’Orient et ses mystères, ces danseuses javanaises incarnent parfaitement l’idéal féminin fin de siècle, fait de langueurs et de secrets, pétri d’un érotisme ambigu et saturé d’exotisme.

Parmi les visiteurs, un est particulièrement assidu : Claude Debussy,  jeune compositeur de 27 ans, se rend presque quotidiennement au kampong javanais, mais aussi aux spectacles de théâtre annamite, qu’il contemple, selon les mots de son ami Robert Godet, « avec une avidité absorbée ».

Toute sa vie Debussy a été friand d’autres musiques ; sans doute a-t-il déjà été voir au Musée du Conservatoire le gamelan offert en 1887 à la France par le Ministre de l’intérieur des Indes néerlandaises. D’autre part ses goûts littéraires et artistiques expliquent en partie son enthousiasme : la petite javanaise, c’est d’abord une héroïne symboliste,  la sœur de Mélisande, de Bilitis ou des danseuses de Delphes.

Au-delà de la fascination, les musicologues se disputent encore aujourd’hui sur l’influence réelle de cette expérience sur la musique de Debussy, lui-même n’ayant jamais été très disert sur le sujet ; sans doute cette musique lui-a-t-elle ouvert des horizons jusqu’alors inexplorés, et une façon d’échapper aux contraintes du système tonal, qui lui pèsent de plus en plus. C’est d’ailleurs à la fin de cette année 1889 que Debussy rejette violemment la musique de Wagner, pourtant jusque-là révérée.

Debussy reste toutefois un homme de son temps, et tout admiratif qu’il est, il sacrifie volontiers au poncif alors très partagé du « bon sauvage », proche de la nature et des mythes originels. Ainsi écrit-il en février 1913 : « Il y a eu, il y a même encore, malgré les désordres qu’apporte la civilisation, de charmants petits peuples qui apprirent la musique aussi simplement qu’on apprend à respirer. Leur conservatoire c’est : le rythme éternel de la mer, le vent dans les feuilles, et mille petits bruits qu’ils écoutèrent avec soin, sans jamais regarder dans d’arbitraires traités ».

 

La Chanson coloniale

Dans première décennie du 19eme siècle jusqu’au milieu du 20e, on assiste en France au triomphe de l’esprit colonial. Alain Ruscio, spécialiste du colonialisme français évoque ainsi l’existence d’un « parti colonial » dont l’idéologie pourrait être ainsi résumé, selon lui par : « L’Homme blanc détient le savoir, il émet la pensée, il crée la civilisation ». Il s’agissait pour ce groupe de légitimer la politique coloniale, les campagnes militaires et valoriser la puissance de l’Empire.

Tous les éléments de la création et les vecteurs de ce système de pensée qu’il s’agisse de livres, d’affiches publicitaires, d’albums albums jeunesses ou encore de cartes postales  se sont fait l’écho de cette idéologie.
La chanson, en tant qu’outil pour véhiculer ces préjugés ne fait pas exception et contribue à répandre l’imagerie coloniale. En effet, même lorsqu’elle est fredonnée sans autre visée que celle de la distraction il n’en reste pas moins que les paroles sont transmissent et se propagent. D’après Thierry Maricourt « la fonction des ritournelles est d’obscurcir la réalité lorsque celle-ci est déplaisante et lui substituer une harmonie nouvelle, factice et en fait totalement inaccessible ».

Ainsi la chanson coloniale est truffée de clichés réducteurs insistant sur la bêtise, le cannibalisme, la paresse de l’homme indigène et se nourrissant des fantasmes que suscitait les femmes indigènes. Elle alternait les genres : chansons réalistes, sentimentales, fantaisistes, comiques, grivoises, tous les répertoires sont représentés.
Au début du XXème siècle, la chanson coloniale se transforme : elle ne célèbre plus la conquête mais elle véhicule désormais l’exotisme voir l’érotisme.

La décolonisation signe la fin de la chanson coloniale, et peu d’artistes après cette période oseront ressusciter ce genre car la plupart de ces chansons dites d’humour suscite désormais un certains malaise à leur écoute.

 

 

Alan Lomax

C’est avec son père, John Lomax, musicologue et  pionnier de la collecte de chants et musiques des États-Unis, que le jeune Alan commence tout naturellement sa carrière à l’âge de 18 ans. Il faut dire qu’il n’a pas vraiment le choix : en 1933, John s’est proposé auprès de la Bibliothèque du Congrès, l’équivalent de notre Bibliothèque Nationale, pour enregistrer et documenter chants et musiques à travers tout le pays.

Cet étrange métier emmène la famille sur les routes du continent américain. Le père et le fils y découvrent, et font découvrir au grand public, un nombre incalculable d’artistes et de traditions musicales qui, encore aujourd’hui, sont des références, dès que l’on parle de musique américaine : le blues, le gospel, les musiques caribéennes…
A partir de 1950,  Alan Lomax concentre  son travail de collecte sur le vieux continent : les Îles britanniques, la France, l’Espagne ou l’Italie.

Mais revenons en arrière : les tous premiers enregistrements des Lomax père et fils se font dans les pénitenciers  et comtés  du sud des États Unis où ils recueillent essentiellement des chants de travailleurs et de prisonniers noirs.
Ils sont d’abord motivés par des raisons musicologiques car, les prisonniers, isolés depuis de nombreuses années, ne sont pas influencés par le jazz et la radio, et ils chantent encore des mélodies traditionnelles, vouées à disparaitre.

Leur autre motivation est beaucoup plus politique : les Lomax sont des progressistes et font partie des rares universitaires blancs de l’époque à s’intéresser à la culture de ceux que l’on ne nomme pas encore les afro-américains.
Au-delà de sa valeur ethnographique et musicologique, ce travail est donc comme une préfiguration des Cultural Studies, qui mettent en valeur des cultures pratiquées par des populations défavorisées, et déconsidérées par la culture dominante.

 

 

 

Alma Rosé

Alma Rosé naît à Vienne  en 1906, dans une famille juive de musiciens. Nièce de Gustav Mahler, elle devient violoniste virtuose connue dès 1926 puis chef d’orchestre en 1932. Elle triomphe dans l’Europe entière. L’orchestre cesse son activité en 1938, progressivement pénalisé par les lois nazies antisémites.

Elle est dénoncée et interpellée par la Gestapo en décembre 1942 à Dijon. Internée au camp de Drancy, elle est déportée en juillet 1943 au camp d’Auschwitz. Elle est d’abord envoyée au Bloc 10, bloc expérimental du tristement célèbre docteur Josef Mengele.

Repérée par la commandante SS du camp de femmes de Birkenauloniste, elle est transférée à Birkenau et nommée directrice du Mädchenorchester, l’Orchestre des femmes d’Auschwitz. Celui-ci est  composé de déportées qui jouent entre autres, pour rythmer le départ et le retour du travail des prisonnières, pour les SS lors de visites de certains responsables, ou lors des fêtes organisées par les geôliers gradés.

Alma Rosé obtient une baraque spéciale pour l’orchestre, avec une salle de répétition et un sol en bois pour protéger les instruments du froid et de l’humidité. Avec une discipline de fer, elle élève le niveau de cette formation – plus de huit heures quotidiennes de répétition , et étend son répertoire : marches allemandes, musiques folkloriques polonaises, compositions classiques, musiques d’opérettes ou de films, afin de satisfaire les SS.
Elle garde les musiciennes peu talentueuses en les nommant à des postes d’assistantes ou de copistes. Une cinquantaine de détenues musiciennes, professionnelles et amateurs, juives et non juives  seront ainsi sauvées. Elle meurt soudainement en avril 1944 d’une méningite. De manière exceptionnelle, les nazis autoriseront qu’un hommage lui soit rendu. Grâce à elle, la plupart des musiciennes de l’orchestre ont survécu au camp…

 

 

Gaël Faye

Gaël Faye est né en 1982 à Bujumbura au Burundi d’une mère rwandaise et d’un père français. En 1995, après le déclenchement de la guerre civile et le génocide des Tutsi au Rwanda en 1994, il arrive en France. Il passe son adolescence dans les Yvelines ou il découvre le rap et le hip-hop.  Il étudie dans une école de commerce, obtient un master de finance et travaille à Londres durant deux ans avant de quitter la cité de Londres pour se consacré à sa passion l’écriture et la musique.

Il crée avec Edgar Sekloka, un ami d’origine camerounaise, le groupe Milk Coffee & Sugar, avant de débuter une carrière. Son premier album Pili Pili sur un croissant au beurre est une référence à la rencontre entre son père (croissant au beurre) et sa mère (Pilipili) et sort en 2013 sur le label Motown France. Cet album porte les marques de l’exil autant dans la musique savant mélange de rumba congolaise, d’atmosphères jazzy, soul, slamé ou rappé- que dans les textes. Plusieurs titres de l’album évoquent son pays natal, la tragédie du génocide et sa situation d’exilé « Je suis semence d’exil d’un résidu d’étoile filante » déclare t-il sur « Petit pays ». L’étoile filante fait référence à l’étoile du drapeau du Rwanda.

Oublier est l’une des angoisses de Gaël Faye. C’est pour cette raison qu’il a élu domicile au Rwanda et que parallèlement à sa carrière il s’investit dans des associations locales. Et c’est aussi ce même désir de se souvenir qui l’a poussé à écrire le livre « Petit pays » publié en 2016 chez Grasset. Comme il l’expliquait dans une interview accordée au petit journal « la mémoire du génocide doit être séparée en 2 champs : celui du devoir de mémoire, avec ses témoignages et ses commémorations; et celui du travail de mémoire, réalisé par les historiens, les artistes, la société civile, pour permettre la connaissance du mécanisme du génocide. » Ce livre sans être autobiographique s’inspire de son histoire. Une plongée dans le quotidien paisible d’un petit garçon rwandais Gaby issu d’une famille bourgeoise avant que la guerre civile entre Hutus et Tutsis n’emporte tout. Dans cet ouvrage, l’écrivain témoigne «  Je pensais être exilé de mon pays. En revenant sur les traces de mon passé, j’ai compris que je l’étais de mon enfance. Ce qui me paraît bien plus cruel encore. »

 

 

Rocca

Rappeur franco colombien né à Paris en 1975,  Sebastian Rocca commence très jeune la pratique de la musique auprès de ses parents artistes, puis au conservatoire où il joue du violon, du piano, des percussions et de la batterie.
Loin de cet univers plutôt classique, c’est le rap qui fascine alors le jeune homme et c’est avec la Cliqua, groupe phare de l’âge d’or du rap français, au début des années 90,  qu’il fait ses premières armes.

Si sa culture musicale est très liée aux musiques latino  ( Tito Puente, la Fania,  Ray Barreto) il écoute également de la soul, du reggae, du soukous, du high life ou encore de la rumba congolaise.  Les rythmes de ces musiques auront une influence majeure sur l’écriture de son rap, qui puise sa force dans  toutes ces influences

Pendant  presque 10 ans,  il vit à New York où il monte son propre label « Parcero Production » sur lequel il sortira 6 albums principalement en langue espagnole.
Ses rencontres avec les producteurs de la scène newyorkaise, qui lui conseillent de trouver sa propre voie, vont modifier sa façon de travailler  et lui permettre de se recentrer sur l’immense richesse de ses origines colombiennes.

Pourquoi singer un rap américain alors  que la musique colombienne n’a pas encore trouvé sa place dans ce vaste mouvement musical qu’est le rap ? Voilà comment un parisien , précurseur du rap français, se retrouve 20 ans plus tard star en Colombie , musicien culte en France et passeur de cultures entre 3 continents

« Mon inspiration ? »  Explique t il,  « 10 000 rythmes inexploités dans le hip hop ».

Les identités d’un artiste sont multiples et c’est justement l’attention portée à cette différence qui fera la force de son parcours et de sa carrière internationale.

 

 

Carte de séjour

Djamel Dif à la batterie, Rachid Taha au chant,  Mokhtar Amini à la basse, son frère Mohamed et Eric Vaquer aux guitares : au début des années 80, le rock découvre de nouveaux patronymes, et ce n’est pas pour plaire à tout le monde.
Le groupe s’appelle Carte de Séjour  : un nom en forme de pied de nez à l’administration, aux plus conservateurs des rockeurs comme aux tenants d’un Raï traditionnel auquel Rachid Taha et ses camarades veulent tordre le cou en lui insufflant l’électricité et l’énergie du punk-rock.

formé à Lyon en 1980 par des camarades d’usines, la formation devient rapidement l’un des symboles phares de la communauté française d’origine Maghrébine de seconde génération, ceux qu’on l’on appelle déjà les « Beurs ».

En 1982, il  publie un « quatre titres » sur lequel  figurent  Zoubida, l’histoire d’une beurette en quête d’égalité sexuelle et sociale et « La moda » dénonçant le racisme à l’entrée des Clubs. Le ton est donné et Carte séjour déclenche la polémique. Certaines stations de radios refusent de passer le disque sous prétexte que Rachid chante en arabe qu’il n’y aurait pas de public pour ce genre musical.

Cette même année, Carte de Séjour se voit  interdire de jouer en  première partie du groupe Téléphone à Marseille, par crainte « d’émeutes raciales ». Un épisode qui leur inspirera par la suite  leur célèbre morceau « Bleu de Marseille ».

En 1986, sur leur 2ème album, figure une chanson qui va tout changer : une reprise rock et arabisante du Douce France de Charles Trenet. Le groupe persuade Jack Lang, alors ministre de la culture, de lui laisser distribuer ce single dans les travées de l’Assemblée Nationale. Chaque député français en reçoit une copie. Si elle permet au groupe de connaitre enfin le succès populaire, cette chanson l’enferme aussi dans une image réductrice et une récupération politique dont le groupe aura du bien du mal à se défaire

En 1990 Carte de séjour se sépare, et Rachid Taha commence la carrière solo qui dure encore aujourd’hui

 

 

La Rumeur

20 ans après leur premier album, le bien nommé, « 1er volet », La Rumeur, emmené par le duo Ekoué et Hamé,  fait encore  référence dans la paysage du rap français, grâce à l’exigence de  leurs textes, leur droiture, et un positionnement social et politique intransigeant.

Ekoué dont le père diplômé de sup de co, thésard et commissaire aux comptes, fuit le Togo pour des raisons politique. : Il raconte « Il ne vivait qu¹avec deux clients, alors qu¹avec ses diplômes, il aurait pu gagner plus. C¹est comme ça que ma conscience politique est née, en plus des vacances au Togo, où il ne fallait jamais parler du Président, où moi on m¹appelait yovo, petit blanc, où l¹on me faisait comprendre que je n¹étais qu¹un petit-bourgeois occidental.»
Ekoué à qui l’on promettait un avenir scolaire sombre est  aujourd’hui titulaire d’une maîtrise en Science politique, d’un DEA en Droit public3, d’un doctorat. Et d’un master à Sciences Po- Paris

Hamé, qu’il rencontre en 1994, incarne une autre histoire : Son père est berge, et quitte l¹Algérie encore française pour s¹installer dans la région de Perpignan, où il devient ouvrier agricole. Il y connait le racisme et les ratonnades. Mohammed Hamé se fait vite remarqué par ses succès scolaires, il continuera ses études jusqu’à l’obtention d’un DEA de sociologie des médias.

En juillet 2002, dans un fanzine accompagnant leur album L’Ombre sur la mesure, se retrouve un texte intitulé « Insécurité sous la plume d’un barbare », publié à la veille de l’élection présidentielle4.
Nicolas Sarkozy, à cette période ministre de l’Intérieur, porte plainte contre Hamé  pour »diffamation publique »  Après une procédure judiciaire de huit ans, parfois qualifiée d’acharnement judiciaire, Hamé est finalement définitivement relaxé

Des histoires familiales tortueuses, des parcours scolaires particulièrement brillants, et un engagement politique sans faille,  autant de données qui peuvent éclairer le destin de ce groupe à part dans la France d’aujourd’hui.

 

 

Akli Yahyaten

En septembre 1998, Khaled, Faudel et Rachid Taha donnent à Bercy leur spectacle 1,2,3 Soleil. Ils font chavirer le public dès l’ouverture avec la chanson Yal Menfi, l’une des plus célèbres d’Akli Yahyaten. Ces soirs-là les spectateurs ne savent pas qu’ils dansent au son des souffrances d’un immigré algérien des années 50 en France.
Cette chanson, il l’a écrite en 1959 en prison, à Grenoble, comme une lettre à sa mère. Car il est alors soupçonné de collecter des fonds pour le FLN. C’est là qu’il apprendra à lire et à écrire, et composera deux autres de ses succès : Ya Moujarrab, et Jaha Bezzaf.

Akli l’enfant kabyle a trois ans lorsqu’il perd son père. Élevé par ses oncles, il garde le troupeau et ne fréquente pas l’école. A 19 ans, en 1953, il décide d’émigrer à Paris, sans le sou, clandestinement. Entouré de cousins, il trouve rapidement un travail. Et il fréquente assidument les cafés et squares de Montparnasse et de l’Ile de la Cité, où il joue de la mandoline jusqu’au matin. Cette vie de noctambule le contraint à souvent changer de métier. En 1956, après 2 ans de service militaire, il rentre comme ouvrier spécialisé chez Citroën.

Il fréquente alors les artistes du Quartier Latin, dont Slimane Azem, Cheikh El Hasnaoui. Viennent alors les dénonciations, et la prison, en 1956 et 1959, pour des liens supposés avec le FLN. Il décide dès lors de devenir musicien professionnel. Sa rencontre avec le chef d’orchestre Missoum Amraoui, musicien phare parmi les exilés algériens, sera décisive. Il l’encourage à jouer du luth et l’introduit à Radio Paris, aux cafés Le Bagdad et Les Nuits du Liban.
Akli devient l’un des plus fins mélodistes de la génération d’immigrés. Après l’indépendance de l’Algérie en 1962, il retourne fréquemment en Kabylie. L’un de ses derniers succès sera Aya Kham, grâce à son passage dans l’émission Mosaïque, sur FR3, consacrée à la culture des immigrés.

 

 

Zebda

1985, Vitécri, association culturelle et militante des quartiers nord de Toulouse, dénonce les discriminations en tournant un petit film mettant en scène les déboires d’un groupe de jeunes musiciens, inventé pour l’occasion, les Zebda birds. Pour les ex-copains de lycée qui jouent dans le film, c’est l’occasion de monter un groupe, un vrai, pour lequel ils reprennent le nom de Zebda ; beurre en arabe, clin d’œil au verlan beur.

Zebda nait donc de l’engagement, de l’envie d’agir, de ne pas subir. Car si les sept de Zebda, ne sont pas tous des beurs, ils font tous partie de ces enfants de l’immigration, témoins sinon victimes des préjugés nourris par le racisme et la xénophobie d’une France qui, d’une certaine façon, ne veut pas d’eux.

Engagement par la chanson parce que « c’était pour nous ce qu’il y avait de plus simple, de plus immédiat : un bar, une batterie, une voix », raconte Magyd Cherfi, le parolier du groupe. Engagement par la chanson aussi parce que « tout ce que j’écris est politique », dit-il encore, et témoigne de ce qui les indigne, de ce pour quoi ils combattent : la double peine, les sans-papiers, la montée de l’extrême-droite… Emblématique est ainsi « Le bruit et l’odeur », chanson réponse au discours de Jacques Chirac de 1995. Le formidable succès populaire que connaît le groupe au cours de la décennie 1992-2002 pendant laquelle il réalise 4 albums, dont le 3ème, Essence ordinaire, récompensé aux Victoires de la musique, vendu à 600 000 exemplaires, permet de porter cet engagement au-delà de leur ancrage toulousain.

Cependant, si le groupe est convaincu de la force des chansons, de la charge symbolique qu’elles peuvent acquérir, il est néanmoins conscient de leurs limites. Car « une chanson, même politique, est d’abord une chanson », dit Magyd Cherfi, un moment agréable, fait pour distraire et qui ne peut dispenser d’implications plus concrètes dans la vie publique et politique.

De la parole aux actes, Zebda s’implique ainsi dans des mouvements associatifs tels le Taktikollectif qui mêle étroitement action culturelle dans les quartiers défavorisés et travail de recherche, collecte de la parole des habitants pour la mise en valeur de l’histoire de l’immigration. En 2001, il va plus loin et s’engage en politique rassemblant  à Toulouse un groupe de militants de gauche au sein de la liste Motivé.e.s qui recueille 13% des voix aux élections municipales.

Si Zebda est aujourd’hui moins actif musicalement (2 albums depuis 2002), les membres du groupe poursuivent, le plus souvent en solo, les engagements qui ont porté son histoire.

 

 

Miriam Makeba

Miriam Makeba, « Mama africa » est probablement la chanteuse la plus célèbre du continent africain : une véritable légende. Dès ses débuts, elle liera son parcours artistique à son combat contre l’apartheid et pour l’émancipation des pays africains. Elle deviendra l’icône d’une Afrique libre, autonome et unie.

Elle nait en 1932 à Johannesburg, en Afrique du sud. En 1947, les nationalistes afrikaners gagnent les élections et mettent en place le régime de l’apartheid. 1959, elle quitte l’Afrique du Sud pour les besoins de sa carrière. Elle ne sait pas qu’elle sera de fait bannie de son pays et pour son soutien à l’ANC (mouvement politique de lutte anti-apartheid), et pour sa participation au film américain interdit dans son pays Come Back Africa. Déchue de sa nationalité sud-africaine, elle passera 31 longues années loin de son pays.
Parrainée par Harry Belafonte, Miriam Makeba devient une star. Elle côtoie de nombreux artistes et chante au Madison Square avec Marilyn Monroe pour l’anniversaire du président Kennedy. Elle obtiendra, en 1965, un Grammy Award pour le disque An evening with Harry Belafonte and Miriam Makeba. Elle sera la première chanteuse noire à obtenir cette récompense.
1967 est l’année du succès. La chanteuse se fait mondialement connaître grâce au tube Pata Pata créé en 1956 qui sera repris, interprété, traduit dans de nombreuses langues.
Deux ans plus tard, elle épouse Stokely Carmichael, chef des Black Panthers et militant des droits civils. Ce mariage compromet sa carrière et lui vaut des ennuis avec la justice américaine. De nouveau l’exil direction la Guinée, s’ensuivront de nombreuses autres destinations.

Son combat, son prestige lui vaudront d’obtenir un titre de citoyenneté honoraire dans dix pays, dont l’Algérie. Elle ne cessera d’appeler au boycott de l’Afrique du Sud devant les Nations Unies. Elle chante en zoulou, en zhoxa, en tswana, en arabe, en espagnol… dans la langue de tous les pays traversés. Ses mélodies prônent la tolérance, la paix et le devoir de mémoire. Sa musique, sans jamais être teintée d’amertume ou de rancœur, incite les peuples africains à lutter pour leurs identités.

En 1990, après la chute de l’apartheid et sur la demande de Nelson Mandela, Miriam Makeba revient enfin en Afrique du sud. « Mama africa » continuera son combat pour la liberté et s’engagera dans de nombreuses causes humanitaires.

Le 9 novembre 2008, après un concert de soutien à l’écrivain Roberto Saviano traqué par la Mafia, elle s’éteint à Naples.

 

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